Bernard Villemot
Bernard Villemot (1911-1989), la synthèse par la couleur et la silhouette : Orangina, Bally, Perrier et l'élégance d'un geste simple et lumineux.
Bernard Villemot, né à Trouville-sur-Mer en 1911 et mort à Paris en 1989, est le dernier grand représentant de la tradition française de l'affiche peinte. Pendant plus de quarante ans, de l'après-guerre à la fin du XXe siècle, il a imposé un style d'une élégance rare, fondé sur la couleur pure et la silhouette. Ses campagnes pour Orangina, Bally ou Perrier appartiennent à la mémoire collective. Chez lui, tout tient dans un geste simple et lumineux, où l'essentiel apparaît sans jamais rien de superflu.
Un héritier de Paul Colin
Villemot se forme auprès de Paul Colin, l'un des maîtres de l'affiche de l'entre-deux-guerres, dont l'école parisienne accueille alors les meilleurs talents. De cet apprentissage, il retient le sens de la composition et la conviction que l'affiche doit frapper d'emblée. Mais très vite, il s'oriente vers une synthèse encore plus radicale que celle de ses aînés de l'Art déco. Là où Cassandre construisait des architectures géométriques, Villemot cherche la grâce d'une ligne unique et d'un aplat de couleur juste.
La couleur et la silhouette
Le style de Villemot est immédiatement reconnaissable. Il travaille à la gouache, en aplats francs, réduisant chaque sujet à sa silhouette la plus expressive. Un corps cambré, une main, une ombre suffisent à dire le mouvement et le désir. La couleur, souvent posée sur un fond saturé, devient le véritable sujet de l'affiche : elle porte l'émotion avant même que le regard n'ait identifié la marque. Cette économie de moyens le rapproche de la simplicité joyeuse de Raymond Savignac, son contemporain, même si Villemot privilégie l'élégance là où Savignac cherche le rire.
Cette recherche s'appuie sur un dessin d'une grande sûreté, longuement médité. Villemot multipliait les esquisses pour atteindre le trait définitif, celui qui semble tracé d'un seul élan. La lisibilité du lettrage, toujours discret, laisse à l'image le premier rôle.
Orangina, Bally, Perrier
Trois grandes fidélités jalonnent sa carrière. À partir des années 1950, il crée pour Orangina une longue série d'affiches solaires, où la boisson, le soleil et le parasol deviennent les emblèmes d'une France en vacances. Pour le chausseur Bally, il compose durant des décennies des visions d'un chic absolu, où la chaussure se devine plus qu'elle ne se montre, dans des harmonies de couleurs raffinées. Pour Perrier enfin, il exalte la bouteille verte et l'idée de fraîcheur avec une jubilation de coloriste, associant l'eau, le fruit et la lumière. Ces campagnes ont tant marqué le public qu'elles se confondent aujourd'hui avec l'identité même des marques.
Villemot a également travaillé pour le tourisme, la culture et de grandes institutions, portant partout la même exigence de clarté et de beauté. Son art de la réclame ne cède jamais à la facilité : il élève le message commercial au rang d'objet esthétique.
La dernière grande signature
La carrière de Villemot coïncide avec la fin d'une époque. Tandis que la photographie et l'impression industrielle s'imposent dans la publicité, il maintient vivant l'art de l'affiche dessinée, dans la lignée qui remonte à Jules Chéret. Sa disparition en 1989 referme presque un chapitre de l'histoire de l'affiche française, celui où un seul artiste, d'un coup de pinceau, pouvait résumer toute une marque. Étudier son œuvre, c'est mesurer ce que ce métier d'affichiste avait de plus subtil : atteindre, par la couleur et la silhouette, cette évidence lumineuse que rien ne remplace.
Les autres affichistes : Jules Chéret · Théophile Steinlen · Henri de Toulouse-Lautrec · Alphonse Mucha