Charles Loupot
Charles Loupot (1892-1962), affichiste de l'élégance Art déco : coloriste raffiné et maître de la synthèse, auteur de l'emblématique campagne Saint-Raphaël aux deux serveurs.
Charles Loupot (1892-1962) est, parmi les grands affichistes de sa génération, celui de l'élégance et du raffinement. Coloriste subtil, dessinateur d'une extrême délicatesse, il incarne une voie plus sensible de l'affiche Art déco, à mi-chemin entre la rigueur géométrique et la douceur du trait. On le range aux côtés de Cassandre, Paul Colin et Jean Carlu dans la grande génération qui, dans l'entre-deux-guerres, a fait de la publicité un art majeur.
Des débuts suisses
Né à Nice en 1892, Charles Loupot se forme aux arts graphiques à Lyon, berceau de la lithographie et de la soie. C'est en Suisse, à Lausanne, qu'il débute véritablement sa carrière durant les années de la Première Guerre mondiale. Il y développe un style raffiné, tout en aplats délicats et en harmonies sourdes, marqué par un sens rare de la nuance. Lorsqu'il s'installe à Paris au début des années 1920, il apporte cette culture de la couleur et de la mesure. Dans un métier alors dominé par l'impact et le contraste, Loupot cultive au contraire la nuance : ses affiches séduisent par la justesse d'un ton, l'équilibre d'une silhouette, l'élégance d'une composition.
Un art de la synthèse et de la couleur
Loupot appartient pleinement à l'esthétique Art déco, mais il en tire une expression personnelle. Sa marque de fabrique est la synthèse : réduire une figure, un visage, un produit à l'essentiel, sans jamais perdre la grâce. Il travaille pour de prestigieuses maisons, parmi lesquelles les peintures Valentine, les thés Twining ou les parfums Coty, et signe des réclames où la sobriété devient un luxe. Sa couleur, souvent posée en larges plages veloutées, doit beaucoup à l'aérographe, qui donne aux volumes une douceur presque satinée. Chez lui, le lettrage lui-même participe de cette harmonie : la lettre s'accorde à l'image plutôt que de la contredire.
Saint-Raphaël, un chef-d'œuvre de longue haleine
La campagne qui a immortalisé son nom est celle de l'apéritif Saint-Raphaël, à laquelle il travaille à partir de 1938 et durant de nombreuses années. Loupot y met en scène les célèbres deux serveurs, l'un blanc, l'autre rouge, symétriques et complices. Au fil des versions, il décompose peu à peu cette image en signes géométriques : les silhouettes se réduisent à des courbes, des plans et des couleurs jusqu'à devenir une pure marque visuelle, reconnaissable d'un seul coup d'œil. Cette entreprise de stylisation progressive, menée sur près de vingt ans, fait figure de laboratoire : Loupot y invente, avant l'heure, une démarche d'identité de marque, où le logotype naît de l'affiche. Rares sont les affichistes à avoir poussé aussi loin le travail de synthèse sur un même sujet.
Un héritage d'élégance
À la fin des années 1920, Loupot fonde son propre atelier, où il approfondit ce travail de recherche formelle au service des marques. Son œuvre, moins spectaculaire que celle de certains de ses contemporains, se distingue par une constance dans le raffinement et une intelligence de la couleur qui inspireront le graphisme d'après-guerre. Il incarne l'idée que la publicité peut être un art de la mesure, où la retenue vaut mieux que le tapage. De la Belle Époque qui l'a précédé à l'affiche moderne qui lui succède, Loupot tient une place singulière : celle du styliste, du coloriste, du maître de la synthèse élégante.
Pour situer son parcours, on pourra parcourir notre histoire de l'affiche, découvrir les autres maîtres réunis parmi les affichistes, ou consulter la page fabrication consacrée aux techniques d'impression.
Les autres affichistes : Raymond Savignac · Bernard Villemot · Jules Chéret · Théophile Steinlen