Chromo
Le chromo : abréviation de chromolithographie ; par extension, une image colorée populaire, parfois jugée un peu facile (« c'est un peu chromo »).
Le chromo est l'abréviation familière de « chromolithographie », le procédé d'impression lithographique en couleurs mis au point au milieu du XIXe siècle. Le principe prolonge celui de la lithographie : à chaque couleur correspond une pierre distincte, et l'image se construit par superposition d'aplats successifs, parfois une dizaine ou davantage. Cette technique a permis, pour la première fois, de diffuser massivement des images colorées : cartes, images pieuses, calendriers, boîtes, et surtout affiches.
De la prouesse au reproche
Le chromo est d'abord une prouesse. Il donne à la Belle Époque ses murs éclatants et fait de l'affiche un spectacle de rue. Jules Chéret, maître du procédé, obtient avec un petit nombre de pierres une richesse de tons qui semble tenir de la magie. Le chromo démocratise la couleur : ce qui était réservé à la peinture entre dans les foyers modestes et sur les palissades des villes. Chaque teinte exigeait sa propre pierre et un calage minutieux, dit repérage, pour que les couleurs se superposent sans décalage : un beau chromo supposait donc autant de patience que de virtuosité.
Mais le mot a pris, par extension, un sens péjoratif. Une image « chromo » désigne aujourd'hui une image trop léchée, trop sucrée, d'un joli facile et sans profondeur : « c'est un peu chromo » se dit d'un coucher de soleil de carte postale ou d'une esthétique convenue. Le succès même du procédé, sa diffusion de masse, a fini par teinter le terme d'un soupçon de vulgarité.
Cette ambivalence éclaire une tension propre à l'affiche : entre l'art et le commerce, entre l'estampe de collection et l'image populaire de grande diffusion. Le chromo incarne cette frontière mouvante. Il rappelle que les affichistes ont, très tôt, travaillé avec les moyens de l'industrie tout en visant l'émotion et le beau.