Chromolithographie
La chromolithographie, lithographie en couleurs avec une pierre par teinte : l'explosion chromatique des affiches de la Belle Époque, de Chéret à Mucha.
La chromolithographie est la version en couleurs de la lithographie. Là où la lithographie noire n'exige qu'une seule pierre, la chromolithographie en mobilise autant que de teintes : une pierre distincte est dessinée et gravée pour chaque couleur, puis les feuilles passent successivement sous chacune d'elles. Superposées avec une précision millimétrique grâce au repérage, ces couches d'aplats et de trames reconstituent une image chatoyante. L'imprimeur alsacien Godefroy Engelmann dépose en 1837 le brevet du terme et du procédé, mais c'est l'affiche qui en révèlera toute la puissance.
L'explosion chromatique de la Belle Époque
Une belle chromolithographie pouvait requérir cinq, dix, parfois plus de vingt pierres, chacune apportant sa nuance, ses fonds dégradés ou ses rehauts d'or. Ce raffinement, coûteux et virtuose, fit la gloire des grands ateliers parisiens comme l'imprimerie Chaix. Jules Chéret, surnommé « le père de l'affiche moderne », y déploya à partir des années 1870 ses figures féminines lumineuses, ces « Chérettes » dont les couleurs franches semblaient danser sur les murs. La rue devint alors, selon le mot consacré, la galerie de peinture du passant, et l'âge d'or de l'affiche tint largement à cette prouesse chromatique.
La chromolithographie ne se limita pas à l'affiche : cartes réclames, images pieuses, étiquettes, chromos publicitaires et boîtes décorées en firent un langage visuel populaire de tout le XIXe siècle finissant. Son déclin vint de sa lenteur et de son coût : dès qu'un procédé mécanique put restituer la couleur plus vite, elle céda le pas. C'est l'offset, héritier direct et industrialisé de la lithographie, qui prit le relais des grands tirages en quadrichromie au XXe siècle, reléguant la pierre couleur au rang de savoir-faire d'exception.