Placard
Le placard : la feuille officielle placardée sur les murs (édits, arrêtés). L'ancêtre direct de l'affiche, née comme un outil du pouvoir dès 1539.
Le placard est une feuille imprimée ou manuscrite fixée sur un mur pour porter une information à la connaissance de tous. Historiquement, il désigne l'avis officiel : édit, arrêté, proclamation, ban de justice. Le placard est ainsi l'ancêtre direct de l'affiche, née comme un instrument du pouvoir bien avant de devenir un objet de séduction commerciale.
Le mot vient de « plaquer », coller contre un support. En France, un texte fondateur ancre l'usage : l'ordonnance de Villers-Cotterêts, en 1539, prévoit que les actes officiels soient rédigés en français et rendus publics par voie d'affichage. Placarder, c'est alors gouverner à la vue de tous : le mur devient le journal officiel de la cité, le lieu où l'autorité s'adresse au peuple.
Du pouvoir à la rue
Le placard n'est pas toujours du côté de l'ordre. L'histoire retient l'« affaire des Placards » de 1534, où des affiches hostiles à la messe, collées jusque sur la porte du roi, déclenchèrent une violente répression. Le placard révèle ainsi la puissance politique du mur : afficher, c'est prendre la parole publiquement, que l'on soit prince ou contestataire.
Longtemps purement typographique, austère et sans image, le placard cède peu à peu la place à l'affiche illustrée lorsque la lithographie introduit le dessin et la couleur au XIXe siècle. Le mot subsiste néanmoins : on parle encore de « mise au placard » et, en imprimerie, d'épreuves « en placard » pour désigner un texte composé mais non encore mis en pages. De cette origine administrative, l'affiche conserve un trait essentiel : elle est faite pour le mur, pour le passage, pour le regard collectif. Pour la suite de cette généalogie, voir notre histoire de l'affiche.