Sérigraphie
La sérigraphie, encre poussée à travers un écran de soie : couleurs denses et opaques, reine des tirages courts, de l'affiche de Mai 68 au tirage d'art.
La sérigraphie est une technique d'impression au pochoir perfectionné : l'encre est poussée à travers les mailles d'un écran de tissu tendu sur un cadre, à l'aide d'une raclette. Les zones à ne pas imprimer sont bouchées par un vernis ou une émulsion photosensible ; l'encre ne traverse que les zones ouvertes et se dépose sur le support placé dessous. Le nom vient du latin sericum, la soie, matière dont on tissait traditionnellement les écrans, aujourd'hui remplacée par le polyester. On imprime une couleur à la fois, un écran par teinte.
Des aplats denses et une culture engagée
Ce qui distingue la sérigraphie, c'est l'épaisseur de la couche d'encre déposée. Là où l'offset pose un film ténu, la sérigraphie couvre en aplats denses, opaques et lumineux, capables de couvrir un fond sombre ou d'imprimer sur des supports très variés : papier, carton, tissu, bois, métal, verre, plastique. Elle est reine des tirages courts, où le calage d'écrans reste plus économique qu'un procédé industriel. Cette souplesse en fit l'outil de l'affiche militante : en Mai 68, l'Atelier populaire des Beaux-Arts de Paris produisit à la chaîne ses placards au message direct. Andy Warhol, à la même époque, l'éleva au rang de médium majeur du pop art.
La sérigraphie occupe aujourd'hui deux territoires complémentaires. D'un côté le tirage d'art et l'affiche de collection, prisés pour la profondeur veloutée de leurs couleurs et la matière palpable de l'encre. De l'autre l'impression sur objets et textiles, où elle reste incontournable. Face à elle, l'impression numérique a conquis le très grand format à la demande, mais peine encore à égaler la densité chromatique d'un beau tirage sérigraphié. Elle demeure une pièce à part de la fabrication de l'affiche.