Il existe des affiches qui n'ont jamais eu à exister pour nous manquer. La nouvelle série de la Manufacture Arssans, baptisée Voyages extraordinaires, appartient à cette famille rare : celle des images qu'on jurerait avoir vues placardées, un matin, sur les murs d'une gare de province, alors qu'elles sortent tout juste des presses. Inspirée de l'imaginaire de Jules Verne et de la grande époque de l'affiche illustrée, cette collection ne réédite rien. Elle invente. Chaque planche est une création originale, dessinée puis imprimée en Provence, pour un ailleurs qui n'a jamais figuré sur aucune carte.
Une collection née d'un rêve, pas d'un catalogue
Le parti pris fonde toute la démarche d'Arssans : ces affiches sont des créations d'inspiration vintage, jamais des copies. Là où d'autres exhument et retirent d'anciennes pierres lithographiques, la Manufacture compose des visuels inédits qui empruntent à l'esprit du temps sans en reproduire une seule ligne. On y retrouve le trait généreux des affichistes de la Belle Époque, l'aplat franc, la typographie qui claque, cette manière de promettre un voyage avant même de l'avoir commencé. Mais les destinations, elles, n'appartiennent qu'au rêve.
Verne sert de fil rouge, comme une boussole tenue à distance. On ne cite pas ses romans ; on en respire l'atmosphère. Le résultat tient de l'uchronie graphique : un monde parallèle où les compagnies de transport auraient concurrencé le rail et le paquebot avec des engins nés de l'imagination du XIXe siècle finissant.
Ce que l'on y voit
La série se déploie en quelques grands motifs, tous traités comme autant d'affiches promotionnelles pour des voyages impossibles :
- Sous-marins de salon — des vaisseaux abyssaux aux hublots de velours, invitant à la croisière sous les mers comme on prendrait les eaux.
- Dirigeables de rêve — nefs aériennes suspendues au-dessus des nuages, promesses de traversées lentes et somptueuses.
- Cités englouties — capitales de corail et de bronze verdi, annoncées comme des stations balnéaires du fond des océans.
- Lignes aéropostales imaginaires — réseaux de courrier reliant des escales qui n'ont jamais existé, cartographiés avec le sérieux d'un vrai indicateur horaire.
Chaque affiche fonctionne seule, mais l'ensemble compose une géographie cohérente, un atlas du possible où l'œil circule d'un continent inventé à l'autre.
Dessinée et imprimée en Provence
Fidèle à sa manière de travailler, Arssans conçoit et fabrique la série en Provence, du premier crayonné au tirage. Le grand format reste ici une exigence : c'est à cette échelle que l'affiche retrouve sa force d'origine, celle d'une image qui arrête le passant et impose sa promesse. La couleur, la matière du papier, la densité de l'encre participent d'un même soin, hérité des grandes heures de l'illustration mais servi par un atelier d'aujourd'hui. Pour comprendre comment naît un tel objet, de la planche à la presse, un détour par nos ateliers éclaire l'ensemble du geste.
Une bonne affiche ne montre pas une destination : elle fait naître l'envie du départ.
Pourquoi ces images nous parlent
Il y a, dans Voyages extraordinaires, une nostalgie qui ne regarde pas en arrière. Ces affiches ravivent le moment où le progrès était encore une féerie, où l'on croyait dur comme fer que demain serait plus vaste. En affichant un futur qui n'a pas eu lieu, elles rendent au présent un peu de son goût d'aventure. Accrochée dans un intérieur, chacune ouvre une fenêtre sur un horizon librement rêvé — et c'est peut-être là le privilège de l'affiche originale sur la reproduction : elle n'illustre pas un souvenir, elle en fabrique un.
Découvrir la série
La collection s'adresse à ceux qui aiment vivre entourés d'images qui racontent. Elle prolonge la vocation de la Manufacture : faire du grand format un art habité, entre mémoire de l'affiche et invention pure. L'ensemble des créations Arssans se parcourt sur le site de la Manufacture, arssans.com, où Voyages extraordinaires déploie ses escales imaginaires. Reste à choisir sa destination — sachant qu'aucune, ici, ne figure dans les guides.