Technique

La colorimétrie : faire dialoguer l'écran et le papier

27 juin 2025

Pourquoi une couleur vue à l'écran diffère de celle du papier, et comment profils ICC, calibration, épreuve et BAT réconcilient patiemment la lumière et l'encre.

C'est une déconvenue que connaissent tous ceux qui ont un jour fait imprimer une image : le rouge éclatant admiré à l'écran vire, sur le papier, à une brique plus sourde. Rien n'est cassé, aucune erreur n'a été commise ; simplement, l'écran et le papier ne parlent pas la même langue de couleur. Faire dialoguer ces deux mondes est tout un métier, celui de la colorimétrie. En comprendre les principes, c'est cesser de subir les surprises et commencer à les anticiper.

Deux façons opposées de faire une couleur

Un écran fabrique ses couleurs avec de la lumière. Il additionne trois faisceaux — rouge, vert, bleu — et, à pleine intensité, obtient du blanc. C'est la synthèse additive : plus on ajoute de lumière, plus on va vers le clair.

Le papier, lui, ne produit aucune lumière : il en reçoit et en absorbe une partie. L'encre y soustrait des longueurs d'onde à la lumière ambiante, et l'œil perçoit ce qui reste réfléchi. C'est la synthèse soustractive, celle de la quadrichromie, où le cyan, le magenta, le jaune et le noir se combinent pour former la palette imprimée. Deux logiques inverses : on comprend déjà pourquoi une couleur née de la lumière ne se retrouve pas identique une fois posée en encre.

Le gamut : ce que chaque support sait montrer

À cette opposition s'ajoute une affaire d'étendue. Chaque dispositif ne restitue qu'une portion des couleurs visibles, appelée gamut. Or l'espace des couleurs qu'un écran affiche et celui qu'une presse imprime ne se recouvrent pas parfaitement. Certains verts et bleus lumineux de l'écran n'ont tout simplement pas d'équivalent en encre : au tirage, ils sont ramenés à la teinte imprimable la plus proche.

C'est la cause profonde de l'écart. Non pas un défaut, mais une frontière physique. Le travail de colorimétrie consiste précisément à gérer ce passage d'un gamut à l'autre pour qu'il se fasse sans mauvaise surprise. Notre fiche colorimétrie revient sur ces notions.

Profils ICC et calibration : accorder les instruments

Pour s'accorder juste, il faut d'abord un étalon. Deux outils y pourvoient.

  • La calibration — régler l'écran à l'aide d'une sonde afin qu'il affiche des couleurs fidèles, et non selon ses humeurs d'usine. Un écran non calibré ment, et l'on décide alors sur une image faussée.
  • Les profils ICC — de petits fichiers qui décrivent le comportement colorimétrique d'un écran, d'une imprimante ou d'un couple encre-papier. En les associant, la chaîne graphique sait traduire une couleur d'un espace vers un autre.

Grâce à ces profils, on peut même simuler à l'écran le rendu du papier : c'est l'épreuvage à l'écran, ou soft proof, qui affiche par avance les couleurs telles qu'elles sortiront de presse. Une prévision, non une garantie, mais elle évite bien des désillusions.

L'épreuve et le BAT : la couleur qu'on valide

Reste que rien ne remplace la matière. L'épreuve contractuelle est un tirage de référence, produit dans des conditions maîtrisées, qui matérialise la cible couleur à atteindre. C'est sur elle que se joue le bon à tirer, ce « BAT » par lequel le commanditaire valide, d'un accord formel, les couleurs et le contenu avant le lancement définitif.

Le BAT est le point où l'image cesse d'être négociable : ce que l'on signe est ce que l'on imprimera.

Pour les teintes qui doivent rester rigoureusement stables — la couleur d'une marque, par exemple —, on sort parfois de la quadrichromie pour un ton direct : une encre mélangée à l'avance selon une référence normalisée, imprimée telle quelle plutôt que reconstituée par superposition. Elle assure une constance que les quatre couleurs de base atteignent plus difficilement.

Un dialogue, jamais une identité parfaite

Il ne faut donc pas attendre de l'impression qu'elle copie l'écran à l'identique : ce serait ignorer que la lumière et l'encre sont deux matières différentes. La colorimétrie ne promet pas l'égalité, mais la maîtrise — un écart connu, contrôlé, validé. Écran calibré, profils justes, épreuve regardée à la bonne lumière et BAT signé en connaissance de cause : à ce prix, la couleur rêvée et la couleur imprimée finissent par se comprendre. Et l'affiche, enfin, tient sa promesse.

Le journal de l'affiche

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