On a longtemps regardé l'affiche comme une image jetable, faite pour vivre quelques semaines sur un mur puis disparaître sous la couche suivante. C'est justement parce qu'elle était vouée à s'effacer que sa conservation relève presque du miracle. Aujourd'hui, une part de ce patrimoine survit, précieusement classé, restauré et parfois exposé, dans de grandes institutions publiques. Savoir où voir les affiches, c'est comprendre comment un support de rue est devenu un objet de musée à part entière.
De la palissade à la collection
L'affiche est un objet paradoxal : imprimée en grand nombre, elle est pourtant fragile et rare, car peu d'exemplaires échappent aux intempéries et à l'affichage suivant. Les feuilles de grand format, souvent collées puis arrachées, se conservent mal. Ce qui nous reste tient donc à la vigilance de quelques collectionneurs et bibliothécaires qui, très tôt, ont pressenti la valeur de ces images. Leur intuition a transformé la réclame en document historique, témoin d'une époque, de ses goûts, de ses techniques et de ses combats commerciaux.
Conserver une affiche suppose des soins particuliers : mise à plat, protection contre la lumière, papier neutre, contrôle de l'humidité. C'est tout un savoir-faire, cousin de celui qui entoure l'estampe, que les institutions ont dû inventer pour ce format encombrant et délicat.
Les grands lieux de conservation
En France, plusieurs institutions veillent sur ce fonds. La Bibliothèque nationale de France conserve des affiches notamment au titre du dépôt légal, qui impose depuis longtemps le versement d'exemplaires des imprimés publiés. À Paris, la Bibliothèque Forney, installée dans un hôtel médiéval du Marais, s'est fait une spécialité des arts graphiques, de la publicité et de l'affiche. Le Musée des Arts décoratifs, de son côté, abrite d'importantes collections liées à la publicité et au graphisme.
Ces lieux ne se contentent pas d'entreposer : ils étudient, numérisent, prêtent et présentent. Une partie de leurs trésors circule dans des expositions temporaires, où le public retrouve, agrandies et mises en lumière, des images qu'il n'aurait jamais vues autrement que reproduites en tout petit dans un livre. Voir une affiche à sa taille réelle change tout : on mesure alors la force du grand format, pensé pour être saisi de loin, en une fraction de seconde.
Lire une affiche comme un document
Dans une collection patrimoniale, l'affiche cesse d'être une simple décoration pour devenir une source. Elle raconte les techniques d'impression de son temps, de la lithographie aux procédés modernes ; elle témoigne des modes, des typographies, des couleurs disponibles ; elle éclaire l'histoire économique et sociale à travers les produits, les spectacles et les causes qu'elle défend.
C'est aussi le lieu où se lit l'évolution d'un art. Des compositions foisonnantes de la Belle Époque aux silhouettes épurées des années trente, en passant par l'affiche militante ou touristique, le fonds conservé permet de suivre pas à pas la manière dont les affichistes ont réinventé le regard. On y croise les grands noms, de Jules Chéret à Cassandre, replacés dans la longue histoire de l'affiche.
Un patrimoine vivant
Conserver n'est pas figer. Les institutions montrent, prêtent, publient, et rappellent ainsi que l'affiche a toujours eu vocation à être vue. En franchissant la porte d'un musée ou d'une bibliothèque spécialisée, en consultant les fonds numérisés mis en ligne, chacun peut aujourd'hui approcher ces images à la source. C'est une invitation à changer de regard : derrière la réclame, il y a une œuvre, un geste technique, un moment d'histoire.
Cette attention au patrimoine nourrit aussi la création contemporaine. Comprendre comment étaient composées, imprimées et diffusées les grandes affiches d'hier éclaire les enjeux de la fabrication d'aujourd'hui. C'est dans ce dialogue entre mémoire et savoir-faire que s'inscrivent les créations originales d'inspiration vintage imprimées en Provence par la Manufacture Arssans : non pas des copies de pièces de musée, mais des images neuves nourries de cet héritage. Le patrimoine de l'affiche n'est pas un cimetière ; c'est un atelier ouvert.